|
L’AIGUILLAGE GALERIE
présente.
L’EXPOSITION “19/91” : AVANT/APRÈS
Photos : Corinne BERTELOT, Gregory VOIVENEL, Lawrence PERQUIS
•Contact :
Corinne Bertelot 06 60 07 85 54.
•Exposition
En juillet 2008
La galerie sera fermée à compter du jeudi 10 juillet.
Ouvert uniquement les lundis 21 et 28 juillet, ainsi que les mardis 22 et 29 juillet.
L’EXPOSITION “19/91” : AVANT/APRÈS
“Une histoire urbaine en forme de promenade photographique sur un site très particulier du 13ème arrondissement : LES FRIGOS et ses environs, avant et après Grands Travaux (le très pharaonique projet “Paris Seine Rive Gauche”, ses réussites éclatantes, ses désastres incontestables) ...
Un regard porté par la photographe Corinne BERTELOT, d’après des diapositives Polaroïd aux contrastes très accentués, d’une sensibilité à fleur de grain, empreintes d’une beauté nostalgique évocatrice de la magie étrange d’un lieu où elle vit, travaille, qu’elle envisage et dévisage depuis plus de 15 ans ...
Cliché du donjon doré sur gueule d’azur, blason à tête de mort et qui énonce, imposant et tranquille, l’évidence de sa lignée, à une époque où sa présence n’était nullement à remettre en cause : “ENTREPOTS ET GARES FRIGORIFIQUES PARIS/IVRY (appelé aussi par les usagers “Quai de la gare”, éponyme de son adresse, situé au 91 du même nom, rebaptisé ultérieurement par les aménageurs de l’impossible et très technocratique “91 quai Panhard et Levassor”, qui laissait l’interlocuteur perplexe quant à son impossible écriture et se transformait inévitablement, de guerre lasse, en un vilain et simplificateur “Quai Panard” )
Beauté graphique et absolue de la structure métallique à la Eiffel de l’ancien Viaduc du Pont de Tolbiac, immortalisé par la BD de Tardi et déchu à vie par la Sémapa (après un démontage - sic - sans égard à la tronçonneuse, assorti de fallacieuses promesses de transplantation à venir), sublimes ombres chinoises qui dessinaient une aléatoire géométrie du ciel, sur fond d’alternances lumineuses et d’intempéries et dont le puzzle épars rouille désormais dans quelque limbe urbanistique.
Voies des chemin de fer qui se perdaient dans les perspectives infinies d’un western urbain, hors-les-murs.
Architecture splendide et improbable des Grands Moulins avant réhabilitation (ouf ! un de sauvé, avec la Halle aux grains et les Frigos, soit trois bâtiments sur un site qui comptait un ensemble industriel de plus de 30 bâtiments).
Photo en très noir et blanc des Grands Moulins et son Paris-Plage avant l’heure, pavés inclus, prêts pour d’improbables mois de mai ...
Cliché du silo à grain en cours de destruction, contrepoint massif du donjon, royal sous toutes les lumières, avec le symbole ô combien prémonitoire de la petite caravane blottie au pied des trop fictives palissades déglinguées de Mitjavile, survivance d’un autre temps à la Tati, condamnée dans un monde à l’équerre où terrains vagues (entendez par là “terrains non surentabilisés”), angles morts (pas pour tout le monde, M’sieur l’aménageur !) et autres pochettes-surprise de la vie ne sauraient être tolérés, au prix du mètre carré.
La silhouette en contre-jour d’un gros labrador placide qui se baigne dans le recul des eaux des Frigos, après la mousson et un canin plus fin, le Bullit le bien-aimé, qui se désaltère dans les impossibles nids de poule de Mitjavile ...
Mitjavile, qui dira jamais le charme de cette extension improbable, plutôt foutraque au demeurant mais pleine de charme, de vie, de possibilités ?
Avec, je crois, les plus beaux couchers de soleil que j’aie jamais vus sur Paris, dans la perspectives des lignes de chemin de fer, sans immeuble pour en freiner l’horizon ... un luxe rare à Paris.
Mitjavile, un road-movie à lui tout seul ! Pas même besoin d’un Jarmusch ou d’un desperado en chapeau pour le mettre en scène, Mitjaville se mettait très bien en scène tout seul ... jusqu’à sa fin improvisée, impressionnant et triste happening entre feu et glace.
Une certaine vision d’un site très particulier, le “91” , empreint d’un réalisme poétique à la Carné, reflet d’une non-conformité qui n’est plus de mise, avant métamorphose obligatoire et mutation orchestrée en “19”.
Gregory VOIVENEL, quant à lui, opère la traversée du miroir entre l’avant et l’après, empruntant le regard neuf du passant, comme happé par un courant d’air l'entraînant vers l’intérieur, dans un entre-deux incongru, déjà révolu ...
Il capte la modernité en action sur le passé composé du lieu, jouant le chevauchements des univers d’un point de vue résolument plastique : les murs ultra-tagués comme autant de peaux tatouées recouvrant l’architecture osseuse, les couloirs à damier avec les grafs qui dansent, l’improbable piano qui chante, les raies intenses de lumière qui semblent comme émaner de vitraux invisibles, les ouvertures brûlées jusqu’au fondu au blanc, la cage d’escalier comme une mini-cathédrale en lévitation, le colimaçon de béton qui se dévisse vers le ciel et dehors, à l’extérieur des entrailles, la très explicite parabole de la vieille 4L, dans son jus et l’impeccable petite Opel garée devant un immeuble flambant neuf ...
Parfait symbole, parfaite illustration ...
Et pour finir, les photographies à la géométrie impeccable de Lawrence PERQUIS, comme un constat sans appel ...
Isabel Bertelot.
Photos Corinne bertelot
|
|